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Drôle de lavage de cerveau à Hong Kong, les "annonces d'intérêt public"



L'annonce sur les ondes de la radio publique de Hong Kong commence gentiment: "Montrez à vos parents que vous pensez à eux". La suite est plus bizarre: "emmenez-les chez le dentiste".


Il ne s'agit pas d'un message radio d'un hôpital ou d'une salle d'attente de dentiste, ni d'une plaisanterie.

Le conseil fait partie d'une multitude de messages enregistrés et diffusés chaque après chaque bulletin horaire d'information par la RTHK, les "annonces d'intérêt public" en jargon administratif, les API.

Allant de l'évident à l'incongru, elles peuvent agacer ou intriguer et valoir à Hong Kong une réputation de maternage excessif de la part du gouvernement.

Car pour un territoire qui se veut une des économies les plus libérales du monde, les 6,9 millions de Hongkongais vivent dans une profusion de règles et réglement de toutes sortes.

"Il ne fait pas de doute que le nombre a augmenté. Les habitants ont tendance à couper la radio mais les visiteurs les remarquent", dit un sociologue de la Chinese University, Chan Kim-mun.

Presque tous les aspects de la vie quotidienne sont visés: des codes vestimentaires interdisant aux collégiens de se faire friser les cheveux, aux annonces télévisées sur la bonne manière de porter leurs manuels, des "interdit de s'assoir" aux "interdit de cracher" des centres commerciaux, aux conseils aux conducteurs et menaces contre qui jetterait ses ordures dans la rue.

Parmi les spots radio incongrus, la radio RTHK a rappelé qu'il fallait un permis pour avoir un requin-baleine comme animal de compagnie ou a affirmé que donner son sang était censé vous faire paraitre plus jeune.

"J'ai eu droit à une petite réprimande un jour pour avoir déclaré sur les ondes que je me sentais embarrassé après avoir diffusé un des ces messages particulièrement débiles", déclare Phil Whelan, un DJ de la radio.

La prolifération des messages et avertissements a conduit beaucoup de Hongkongais à se demander si leur ville ne cherchait pas à rivaliser avec Singapour, célèbre pour sa règlementation contre le chewing gum, contre les rapports sexuels oraux ou les toilettes non nettoyées.

Cette tendance à la surréglementation semble avoir enflé avec l'épidémie de SRAS de 2003 -- qui a fait 299 morts à Hong Kong--, au risque de diffuser des messages contradictoires.

"Pendant les SRAS, deux annonces passaient constamment à la télévision", se rappelle le commentateur Nury Vittachi, auteur de plusieurs livres sur Hong Kong.

"L'un d'eux disaient: donnez-vous la main contre le SRAS, l'autre: ne serrez pas les mains, dites plutôt 'hello' et 'good bye'".

Une autre règle d'hygiène recommandait: "lavez les légumes sous l'eau", une autre "Fermez le robinet, économisez l'eau".

Il est possible qu'une des origines plus profonde de cette manie soit à rechercher dans le confucianisme, une philosphie chinoise qui met l'accent sur l'éducation, la morale et le bon comportement en société.

Quoi qu'il en soit M. Whelan prévoit déjà que les Hongkongais auront droit un jour aux classiques du genre: "Quand vous marchez, n'oubliez pas de mettre un pied devant l'autre", ou "quand vous dormez, veillez à fermer les yeux".

Source: AFP (14.06.05)